Quelques éléments sur les modèles économiques des fournisseurs d’ebooks : sell ebooks to libraries on reasonable terms

Vendre des livres numériques aux bibliothèques, dans des conditions acceptables (0)

Un excellent document de l’American Library Association est disponible à l’adresse http://www.ala.org/news/pr?id=11171

Il mêle la réflexion sur les modèles économiques et sur les fonctionnalités indispensables, un peu à la manière du document rédigé en 2009 par le consortium Couperin et mis à jour en mai dernier, http://www.couperin.org/fr/relations-editeurs/bonnes-pratiques/262-travaux/599-les-10-commandements-de-lediteur-de-books-pour-une-offre-ideale ou de celui du réseau Carel, mis en ligne en décembre 2012.

J’en retiens quelques remarques qui me paraissent importantes, en espérant ne pas faire trop de fautes de traduction…
D’abord 3 aspects considérées comme essentiels(1) :
  • tous les titres disponibles pour les consommateurs finaux doivent être disponibles pour les bibliothèques (2)
    Requête souvent formulée, mais vraiment difficile à entendre du côté des éditeurs : en prêtant un exemplaire numérique, les bibliothèque limiteraient-elles les achats papier ou numérique ? Pour qui a déjà expérimenté le prêt numérique avec DRM et chronodégradabilité, je n’en suis pas sûr : il est tellement compliqué d’emprunter numériquement, que je pense que seule une minorité de lecteurs recommence son expérience. Les autres vont acheter les ouvrages en librairie 😉
    Blague à part, on nous parle de rentrée littéraire numérique, mais le seul moyen d’en faire bénéficier les lecteurs numériques des bibliothèques, c’est visiblement de créer des comptes de particuliers sur certaines plateformes de livres numériques et de commander des ebooks comme un particulier. Certaines de ces plateformes précisent même que les DRM permettent aux bibliothèques de charger les fichiers sur plusieurs tablettes en même temps. Autrement dit, la contrainte technique vient aider à contourner le droit d’auteur, on croit rêver.
    Bref, à quand une offre de tous les titres des catalogues numériques pour les bibliothèques ? 
  • les bibliothèques doivent avoir la possibilité d’acheter définitivement certains titres, ce qui inclut le droit de transférer les titres sur une autre plateforme de consultation ou de téléchargement, et le droit de les prêter indéfiniment (3)
    Certaines plateformes proposent déjà ce type d’achat, mais aucune n’a jamais proposé de livrer des fichiers pour usage libre hors de leur propre plateforme de consultation / téléchargement. Il y a bien eu des offres incluant la fourniture des ebooks achetés sous forme de lot de fichiers PDF, mais je ne sais pas si cela répond vraiment au souhait exprimé ici. 
  • les éditeurs et/ou les distributeurs doivent fournir leurs métadonnées et des outils pour les exploiter et mettre en valeur les livres numériques (4).
    Résolu par l’apparition des grands catalogues pour les imprimés, ce problème resurgit pour les oeuvres numériques, dans un contexte d’apparition des méta outils (discovery tools avec index multi éditeurs intéggrés) et de privatisation des métadonnées (voir la communication de Nicolas Morin lors de la journée 2012 de l’AURA). Il devient compliqué voire impossible de signaler, mettre en valeur les ebooks, pour développer leur usage, et justifier les investissements qui vont avec. Je pense qu’il est raisonnable d’exiger des notices MARC correctes, avec des liens bien construits permettant d’accéder directement aux ouvrages, ou au format XML bien sûr, des API ou des Web Services innovants et intéressants pour intégrer sans douleur les catalogues des éditeurs d’abooks dans les catalogues des bibliothèques. Après tout, à l’heure actuelle, les bibliothèques font un énorme travail de valorisation, de médiation, d’exposition des catalogues numériques des éditeurs et des distributeurs ailleurs que sur les sites habituels des grands e-marchands. 
Ensuite, il ressort de ce document le souhait de sortir de la logique du papier (5), si souvent utilisée par les fournisseurs pour rassurer les bibliothécaires (gestion d’exemplaires numériques, prêt via la chronodégradabilité, etc.) mais absurde sur le plan du document numérique et susceptible d’encourager à la rareté, pour reprendre le terme de Joël Faucilhon (voir son article sur la page http://www.lekti-ecriture.com/blogs/internet/index.php/post/Les-DRM-ou-le-mythe-d-un-maintien-de-la-raret%C3%A9-%C3%A0-l-%C3%A9poque-d-Internet )

Concernant les modèles économiques à proprement parler, le document de l’ALA fait plusieurs propositions intéressantes, qui devraient attirer l’attention de nos chers éditeurs français :
  • proposer l’ensemble du catalogue, éventuellement après une période d’embargo sur certains titres, dont le nombre de téléchargements seraient réduit pendant la période d’embargo
  • s’ils sont sous embargo pendant une période, ces titres seront moins cher à l’issue de la période d’embargo  (aïe, la PULN…)
  • les bibliothèques voulant proposer ces titres devraient payer un surcoût (re-aïe, la PULN…)
  • un accès libre à une sélection de titres
  • le partage des revenus générés sur le site de l’éditeur par le passage sur le site de la bibliothèque, lorsque ce dernier inclut un bouton « acheter sur le site de l’éditeur »
    Tiens, un éditeur juridique que je ne nommerai pas, était pour une fois très en avance, puisqu’il avait oublié d’enlever le bouton « acheter cet ouvrage » sur son site à destination des BU. Bon, il avait aussi oublié de prévoir de partager les gains générés…
  • offrir la possibilité de racheter l’ouvrage au delà d’un certain nombre de prêts  / consultation, voir de l’acheter pour un usage illimté au delà d’un certain seuil
  • l’obligation de passer par les locaux de la bibliothèque pour emprunter les ouvrages numériques paraitra tellement absurde aux usagers qu’il faudra la justifier par une baisse des tarifs des livres électroniques mis à disposition ou par une offre beraucoup plus attractive dans les murs qu’à distance (11). 
Comme dans le document de Couperin, c’est l’image d’un « partenariat pour innover » qui se dessine, dans lequel les acteurs ont tous quelque chose à gagner, dans une période de bouleversement social et technologique (12). 

Notes : éléments intéressants, parfois traduits ci-dessus
0. to  sell ebooks  to libraries on reasonable terms
1.Essential Features
2. All ebook titles available for sale to the public should also be available to libraries for lending.
3. Libraries should have an option to effectively own the ebooks they purchase, including the right to transfer them to another delivery platform and to continue to lend them indefinitely.
4. Publishers or distributors should provide metadata and management tools to enhance the discovery of ebooks.
5. slavishly imposing restrictions based on the characteristics of print.  
6. conditions less after an embargo period, or the number of circulations may be limited.
7. discounted prices for certain titles, a share of the  revenues generated  from  book purchases  patrons make through the library’s website,  and  limited free access to selected titles
8. ability to allow two or more simultaneous users for a higher price; the ability to combine multiple simultaneous users with a limited number-of-loans model.
9. repurchase the same title after a defined number or loans
10. Publishers may delay sales of ebooks to libraries for a period after the title is released  for public sale. […] a brief delay may be acceptable, especially if titles are then offered at a discount. Embargoed titles are less valuable, and their price should reflect that. Conversely, libraries may be willing to pay a premium for immediate access to the most popular titles. 
11. The requirement for in-library check-out will make no sense to users, but be seen as a barrier needlessly imposed by the library
12. publishers and authors have much to gain from enabling libraries to distribute ebooks.
13. Libraries may also enhance publisher offerings through reader and staff reviews incorporated into the catalog, and/or local recommendation engines.